:: 12

31 janvier 2012

Tu m’avais demandé de nourrir les chats.

J’ai laissé mes bottes dans l’entrée, ma casquette sur la rampe d’escalier. Je suis entré à pas de loup dans ta petite caverne de femme seule toute pleine de toi, même toi absente.

Il n’y avait que le chauffage baissé qui évoquait ta fuite sous les palmiers. Pour le reste, tu avais laissé toutes tes traces derrière toi sans fausse pudeur. Je pouvais faire l’archéologie de tes jours si je le désirais. Du thé séché au fond d’une tasse. Deux livres posés à l’envers sur le sofa un peu creux d’un côté. Une demi-paire de bas de laine lancée sous la table basse.

Et c’est là que je l’ai vu.

Bien sûr, avec les gars, on en avait déjà parlé.  On en avait ri, comme tout le monde. Même son nom fait rigoler, c’est pas compliqué.

Mais là? Ici?
Les rideaux tirés.

J’espère que tu ne remarqueras pas les p’tites bouluches sur le col.

Une barbe dans un Snuggie, ça fait un peu comme du velcro.

::

:: Voir la description du défi d’écriture
:: Voir les thèmes
:: Lire le défi d’écriture de Catherine


:: 11

29 janvier 2012

Les pieds dans les étriers. Transpiration.

Mon corps à la fois incroyablement dilaté et contracté tout à la fois, en état d’alerte maximale, conquis et vaincu par toi, ne sent plus rien à force de tout ressentir, suspendu par le milieu dans le genre d’éternité passagère que seule la douleur crue peut émuler.

Une décharge au périnée, glacée et brûlante à fois. Ensuite c’est rapide, ou peut-être un peu flou. Des mains qui viennent te chercher. Éponge sur mon front. Voix. Mouvements.

Et l’air enfin emplit tes poumons de la langue universelle qui me crie que tu es fort mon amour, assez fort pour vivre et pour pleurer encore.

::

:: Voir la description du défi d’écriture
:: Voir les thèmes
:: Lire le défi d’écriture de Catherine


:: 10

28 janvier 2012

C’est une chute répétée un nombre incalculable de fois à votre insu. Une chute contrôlée ; pour vous, sans que vous ne vous y attardiez, pour moi, une chorégraphie qui requiert ma pleine conscience, du sommet de la tête jusqu’au bout des orteils. C’est tout ce qui va de soi pour vous qui est un voyage au bout du temps pour moi. C’est mon Kilimandjaro personnel, édifié sur d’innombrables heures ingrates, d’impatience bridée, de douleurs mouvantes, de révolte l’épaule à la roue.

Tout ça, pour entendre la neige crisser sous mes pas.

::

:: Voir la description du défi d’écriture
:: Voir les thèmes
:: Lire le défi d’écriture de Catherine


:: 9

27 janvier 2012

Je ne veux rien.
Je veux tout.
Puisque tout est parfait.

Une révolte par le contentement.

::

:: Voir la description du défi d’écriture
:: Voir les thèmes
:: Lire le défi d’écriture de Catherine


:: 8

23 janvier 2012

Plus je tarde à t’appeler, moins tes ruses sont subtiles : une question à laquelle tu avais déjà la réponse, la maladie d’un voisin à quatre rues de chez toi, un de mes pyjamas à pattes que tu veux donner.

Il m’arrive de me demander pourquoi te téléphoner m’est une telle corvée. Mon assiduité à ton égard est inversement proportionnelle à ma culpabilité. Ce n’est pas rien, être l’enfant de quelqu’un.

Je n’ai jamais eu d’appétit pour les mots inutiles, c’est sûr. Mais ce n’est pas ça. Tu veux savoir. Tes silences quémandent à ton corps défendant entre deux histoires de soldes de blanc et de recettes santé. Rien de spécial, maman. Une déception renouvelée, gommée avec amour. Sous tes attentes retenues, lourdes, mon jardin secret a des envies de cavernes.

C’était tellement plus facile quand j’avais six ans et que, dans tes bras, la question de mon bonheur ne se posait pas.

::

:: Voir la description du défi d’écriture
:: Voir les thèmes
:: Lire le défi d’écriture de Catherine


:: 7

20 janvier 2012

Le pain est épais, tranché grossièrement. Il a un goût de mélasse. La soupe a un parfum de cari. Il y a de la courge dedans, c’est doux et c’est chaud.

Je suis toute condensée dans mon estomac.

En périphérie, mes orteils et mon nez décongèlent tranquillement.

C’était quoi déjà ta question?

::

:: Voir la description du défi d’écriture
:: Voir les thèmes
:: Lire le défi d’écriture de Catherine


:: 6

19 janvier 2012

L’un après l’autre, parfois ensemble, on allait la voir. On lui racontait notre enfance, nos parents, nos rêves cochons. En retour, on avait droit à des histoires de madones, de putains, de bergers et de cow-boys.

Elle disait qu’on baise comme on vit ; or on ne baisait plus, et on vivait encore moins.

Il faisait beau. Peut-être que j’aurais simplement dû te planter là pour de bon et aller finir mon roman au parc. Après tout, tu es la seule personne que je connaisse qui puisse payer quelqu’un soixante-dix dollars l’heure pour qu’elle l’écoute se mentir. Sauf peut-être moi.

::

:: Voir la description du défi d’écriture
:: Voir les thèmes
:: Lire le défi d’écriture de Catherine


:: 5

18 janvier 2012

Ils sont partout.

Sur la rue. Dans les bars. Au bureau. Dans ton carnet d’adresses. Dans ton lit, même, peut-être? Tu ne vois pas tout de suite ce qui cloche. Ils semblent sains, pourtant, et si aimables. Ils s’intéressent à toi. Veulent absolument te voir. Plus souvent.

Oh, oui, on devrait se voir plus souvent.
Je t’aime.
Tu es formidable.

C’est subtil, mais voilà : ils sont démembrés. Pendant que leur bouche te prodigue des caresses chaudes et humides avec la langue, leurs jambes, leurs mains, et tout le reste se désarticule. Leurs bras se croisent. Leur queue pieute la directrice des ventes dans le parking de l’usine. Leurs orteils retroussent à l’idée de fouler ton quartier lointain (et un peu crade, il faut l’admettre).

On devrait se voir plus souvent. Je t’aime. Tu es formidable. Tu réponds gracieusement mais à l’intérieur quelque chose, désormais, se cadenasse.

Tu as fini par apprendre à ne plus fermer les yeux quand on te tend la bouche.

::

:: Voir la description du défi d’écriture
:: Voir les thèmes
:: Lire le défi d’écriture de Catherine


:: 4

17 janvier 2012

Elle aimait par dessus tous lorsque l’univers l’avalait. Ce pouvaient être les arbres, la voie lactée, ou encore le passage glacé de l’eau noire des lacs entre ses jambes ; ce qui comptait, c’était de sentir avec intensité sa propre insignifiance, son poids dérisoire dans l’ordre des choses, en d’autres mots sa liberté. Car c’est bien seulement lorsqu’aucun regard n’était posé sur elle, lorsqu’elle passait sous la barre des attentes des uns et des autres, qu’elle s’appartenait en entier ; et cette entièreté lui était vitale, tout comme la respiration de la forêt, l’âpreté des vents au dessus de la ligne des arbres, et les murmures polyphoniques des sous-bois.

::

:: Voir la description du défi d’écriture
:: Voir les thèmes
:: Lire le défi d’écriture de Catherine


:: 3

16 janvier 2012

Ce n’était pas une phrase mais une rivière de mots, voire un cycle de l’eau complet, des pluies aux neiges en passant par le fleuve et la mer. Des mots que j’avais tant attendus de ta bouche mais qui ne parviendront jamais aux plus petits os de mon corps, je le sais bien.

Mon espoir de vengeance, administrée de préférence en sous-traitance par la Compagnie de transport Les Autobus du Karma Inc., découlait, je le vois maintenant, de mon obstination à attendre que tu conçoives chaque seconde du mal que tu m’as fait, dans cette partie de toi où la chair tendre est densément innervée, pour qu’enfin tu consentes à reprendre ton venin par la bouche, jusqu’à la dernière goutte.

Et pourtant, celle qui a parlé ne m’avait jamais trahi. Mais je t’ai entendu à travers ses regrets et sa peine à elle, j’ai pu lui confier la mienne, et c’est ainsi que j’ai enfin pu te libérer.

::

:: Voir la description du défi d’écriture
:: Voir les thèmes
:: Lire le défi d’écriture de Catherine