Je prends corps dans le soleil
Dans mon propre flottement
Je peuple l’air
Et me dépose enfin
Poussière.
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Je prends corps dans le soleil
Dans mon propre flottement
Je peuple l’air
Et me dépose enfin
Poussière.
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Les pieds sur l’eau noire, sur les fissures profondes qui vont jusqu’au coeur glacé de ce lac infiniment dense et calme, où mes jambes légères ont flotté l’été dernier, chaudes de la journée de marche, journée de sueur, journée de mouches, elles aussi noires, comme les eaux du lac, comme les épinettes calcinées, comme le ciel criblé, comme les excréments parsemés de petites baies de l’ours (jamais rencontré), comme la boue sur mes guêtres.
Aujourd’hui la glace, et cette fissure qui va jusqu’au fond, dans la vase, là où les choses se meuvent doucement sans mordre d’orteils.
Je suis debout sur l’eau, de l’autre côté, celui du vent.
Et les bois chantent.
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Je ne sais pas quand ni comment c’est arrivé, mais c’est ça qui est ça.
J’aurais voulu danser avec les étoiles, dompter la petite ourse et me parer de la ceinture d’Orion, rapailler sur une île secrète du Pacifique toutes les minutes d’attente qui suivent la composition du zéro-pour-parler-à-un-agent, tuer le dragon et sauver la princesse, sécher tes larmes. Mais. Parfois, je me dis que je suis tombé dans une craque de l’univers, avec les vieilles miettes et le petit change.
Alors j’arrête à la pharmacie et je te prends une boîte de chocolats aux cerises et le dernier bouquet un peu mou, en espérant que tu me pardonneras de n’être qu’un homme.
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Passer la nuit dans toute les villes et tous les bras,
Vivre comme on combine les alcools, sans mesure ni lendemain,
À s’en rendre malade, parfois.
Dilater son existence, palper toute la superficie de la vie.
Entendre une voix chuchoter, aux petites heures,
Qu’il faudrait bien en explorer la profondeur.
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Ma vie et mes choix m’étouffaient ; je m’étais marié à cette femme à l’esprit et aux traits fins que mes parents aimaient tant et que mes amis m’enviaient, tout comme le reste de mon existence : lisse et de bon goût. J’en étais venu à incarner l’image même de l’homme qu’adolescent je rêvais de devenir pour impressionner les sœurs de mon père. À cet égard, la galanterie qu’elles m’ont inculquée enfant allait bientôt devenir une arme de destruction sinon massive, du moins complète.
Car cette femme et cette vie, je les haïssais ; commode raccourci équivalant à me haïr, et avec moi ceux dont j’avais toujours cherché l’approbation. Et comme un bambin capricieux qui mesure l’étendue de son pouvoir en lançant ses jouets au mur, j’allais enfin tout démolir allègrement, cette femme, cette vie, et avec elles mon encombrant surmoi de carton-pâte, par la seule arme que je possède à la perfection : la séduction. Et avec elle, le scandale.
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Tu m’avais demandé de nourrir les chats.
J’ai laissé mes bottes dans l’entrée, ma casquette sur la rampe d’escalier. Je suis entré à pas de loup dans ta petite caverne de femme seule toute pleine de toi, même toi absente.
Il n’y avait que le chauffage baissé qui évoquait ta fuite sous les palmiers. Pour le reste, tu avais laissé toutes tes traces derrière toi sans fausse pudeur. Je pouvais faire l’archéologie de tes jours si je le désirais. Du thé séché au fond d’une tasse. Deux livres posés à l’envers sur le sofa un peu creux d’un côté. Une demi-paire de bas de laine lancée sous la table basse.
Et c’est là que je l’ai vu.
Bien sûr, avec les gars, on en avait déjà parlé. On en avait ri, comme tout le monde. Même son nom fait rigoler, c’est pas compliqué.
Mais là? Ici?
Les rideaux tirés.
J’espère que tu ne remarqueras pas les p’tites bouluches sur le col.
Une barbe dans un Snuggie, ça fait un peu comme du velcro.
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Les pieds dans les étriers. Transpiration.
Mon corps à la fois incroyablement dilaté et contracté tout à la fois, en état d’alerte maximale, conquis et vaincu par toi, ne sent plus rien à force de tout ressentir, suspendu par le milieu dans le genre d’éternité passagère que seule la douleur crue peut émuler.
Une décharge au périnée, glacée et brûlante à fois. Ensuite c’est rapide, ou peut-être un peu flou. Des mains qui viennent te chercher. Éponge sur mon front. Voix. Mouvements.
Et l’air enfin emplit tes poumons de la langue universelle qui me crie que tu es fort mon amour, assez fort pour vivre et pour pleurer encore.
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C’est une chute répétée un nombre incalculable de fois à votre insu. Une chute contrôlée ; pour vous, sans que vous ne vous y attardiez, pour moi, une chorégraphie qui requiert ma pleine conscience, du sommet de la tête jusqu’au bout des orteils. C’est tout ce qui va de soi pour vous qui est un voyage au bout du temps pour moi. C’est mon Kilimandjaro personnel, édifié sur d’innombrables heures ingrates, d’impatience bridée, de douleurs mouvantes, de révolte l’épaule à la roue.
Tout ça, pour entendre la neige crisser sous mes pas.
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Je ne veux rien.
Je veux tout.
Puisque tout est parfait.
Une révolte par le contentement.
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Plus je tarde à t’appeler, moins tes ruses sont subtiles : une question à laquelle tu avais déjà la réponse, la maladie d’un voisin à quatre rues de chez toi, un de mes pyjamas à pattes que tu veux donner.
Il m’arrive de me demander pourquoi te téléphoner m’est une telle corvée. Mon assiduité à ton égard est inversement proportionnelle à ma culpabilité. Ce n’est pas rien, être l’enfant de quelqu’un.
Je n’ai jamais eu d’appétit pour les mots inutiles, c’est sûr. Mais ce n’est pas ça. Tu veux savoir. Tes silences quémandent à ton corps défendant entre deux histoires de soldes de blanc et de recettes santé. Rien de spécial, maman. Une déception renouvelée, gommée avec amour. Sous tes attentes retenues, lourdes, mon jardin secret a des envies de cavernes.
C’était tellement plus facile quand j’avais six ans et que, dans tes bras, la question de mon bonheur ne se posait pas.
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